La Tour des miracles

- Georges Brassens, que pensez-vous de La Tour des miracles ?

- Moi ? Je m’en fous.

- ?

- Vous savez, on m’a beaucoup sollicité pour publier La Tour. Des copains l’appréciaient. Des gens qui m’aiment bien se pourléchaient à l’idée d’avoir ça un jour dans leur bibliothèque. Alors, pour avoir la paix, j’ai dit oui, comme d’habitude. Mais il faut prévenir l’amateur : c’est farci de fautes de goût, et même de fautes de tout.

- Doit-on en conclure, Georges Brassens, que, père indigne, vous ne prisez guère cet ouvrage ?

- Je me fous de tout ce que j’ai écrit. La seule chose qui m’intéresse est ce que j’écrirai demain.

- Les admirateurs de ce que vous avez écrit hier auront la joie de vous retrouver tout entier dans les étages biscornus de cette tour au gré du vent.

- J’en suis content pour eux. Mais, sauf en amitié, en tendresse, et en souvenir, je suis très infidèle, et ce petit bouquin n’échappe pas à mes infidélités.

- Peut-on dire, Georges Brassens, de La Tour des miracles, qu’il s’agit d’une oeuvre de jeunesse ?

- On ne peut pas le dire. Bien qu’elle ait dix-huit ans. Pour moi, la jeunesse n’existe pas. Ni le reste d’ailleurs.

 

Préface de La Tour des miracles – 2e édition – 1968 – Stock