1936 La Crosse en l’air

Quand, en 1936, Jacques Prévert écrit « La Crosse en l’Air », la guerre civile fait rage en Espagne, et en France, où le Front Populaire est au pouvoir, des intellectuels se mobilisent pour elle. Parmi eux sont Prévert, Gide, Tzara, Nizan, Jouve, Aragon, Picasso, Malraux…

La première partie de « La Crosse en l’Air » paraît dans la revue Soutes en octobre 36 dans un numéro consacré à la Guerre d’Espagne. Mais différentes difficultés empêchent la parution de la seconde partie. Néanmoins, la revue fera paraître le texte complet en décembre.

Prévert l’intégrera dans Paroles dès la première édition, en 1946, signe que, pour lui, ce pamphlet restait valable par-delà ses contemporains.

On retrouve, dans cette drôle et puissante attaque contre les dogmes et les respects aveugles, toute la verve, l’esprit frondeur et humoristique de Prévert, tous ses chevaux de bataille : l’anticléricalisme, l’antimilitarisme, ses injonctions à l’amour et à la franche rigolade.

En 1936, Jacques Prévert « pique une crise », une colère mémorable contre le plus représentatif des malentendants de l’époque : le Pape.

Comment résister à l’envie de mettre en scène ce pamphlet ?

Ecrite par un homme témoin de son siècle, un poète à la fibre anarchisante, un assoiffé de liberté, de justice et d’amour, cette invective réclamait amour, justice et liberté dans sa mise en scène afin de restituer l’actualité toujours aussi brûlante des intolérances, sectarismes de tous poils, des dictateurs et marchands de canons de toutes obédiences, des hommes d’affaires et politiciens véreux, des guerres civiles, guerres de religions ou autres guerres lasses.

Nous l’avons fait sans diogéniser, mais en essayant de dynamiter le respect, cette grimace de l’amour, qui autorise certains hommes à faire de l’ombre à d’autres.

Et si on l’allumait cette lanterne ?

Olivier Clément.

 

Quand la question se pose d’écrire une présentation sur un texte d’une grande valeur littéraire, j’ai toujours l’impression que les textes qui méritent d’être présentés sont précisément ceux pour lesquels il est impertinent de le faire.

Je ne puis justifier notre choix que de la façon suivante : Comme l’on est enclin à attendre des autres qu’ils perçoivent, la première fois qu’ils rencontrent une œuvre, tout ce que l’on est venu à y percevoir soi-même, (d’abord lors de la rencontre première bien sûr, puis à la faveur de l’intimité croissante que donne sa pratique quotidienne) c’est tout naturellement que nous le portons à la scène. Pari ô combien difficile, car ce texte est très évocateur, générateur d’images par lui- même; d’où le danger de redondance. Mais vouloir trop échapper à cette redondance, c’est courir le risque contraire de trop décaler, et donc de briser la pluralité des sens et des pistes que l’auteur, de son côté, prend bien soin d’entretenir.

Et pour ce qui est de l’opportunité de porter ce texte à la scène, fions-nous à Prévert lui-même :

« Il n’est pas vrai que les écrits restent. Ce sont les paroles. »

Guillaume Destrem.